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Khalid Boutaïb, la tête et les jambes

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Khalid Boutaïb lors d'une rencontre face au Mali pour les éliminatoire du Mondial 2018. FADEL SENNA / AFP

Principal artisan de la montée de Strasbourg en Ligue 1 la saison dernière, l'international marocain Khalid Boutaïb est désormais un joueur du championnat turc. Et il a très bien commencé sa saison avec Yeni Malatyaspor. Pourtant, Khalid Boutaïb, qui sera dans le groupe pour la prochaine rencontre des Lions de l'Atlas en éliminatoires du Mondial 2018, est devenu footballeur professionnel sur le tard.


Si vous voulez connaître la définition du bonheur, demandez-la à Khalid Boutaïb. Il vous répondra qu’après des années de galère, « tout est bon à prendre » et « tout est joyeux ».

Principal artisan de la saison de Strasbourg l’an dernier, champion de Ligue 2, Khalid Boutaïb est désormais un joueur du championnat turc. Avec Yeni Malatyaspor, il a déjà planté cinq buts en six matches. À 30 ans, l’attaquant des Lions de l’Atlas, jamais passé par un centre de formation, revient de loin. Sa vie de footballeur, c’est tout sauf un long fleuve tranquille.

Pas toujours chanceux mais...

Si l’homme n’a jamais été à la recherche de la gloire, il a tout de même tenté sa chance jusqu’à ce que les dieux du foot finissent par se pencher sur son sort. « Jamais je n’aurai imaginé arriver à ce niveau-là. Je le dis à chaque fois : "maintenant je savoure" », concède celui qui a passé pas mal de temps sur les terrains de CFA et de National, et qui aime « se marrer ».

Il fut un temps où à chaque fois qu’il avait l’occasion de sortir la tête de l’eau, une main malveillante venait l’en empêcher. Comme lorsqu’il signe son premier contrat professionnel à Istres en Ligue 2 en 2012. « Je signe pro et je jubile, raconte-t-il. Au final, je déchante vite parce que je ne joue pas et je me retrouve face à un entraîneur qui me dit que je ne percerais jamais ». En 2014, le club de Luzenac termine deuxième de National (3e division). Mais la Ligue professionnelle de football ne lui permet pas d’évoluer en Ligue 2. « C’est encore une catastrophe. Je me dis que je n’y arriverai jamais. Quand on m’appelle pour aller au Gazelec d’Ajaccio, je me dis : "savoure parce que ça ne va peut-être pas durer longtemps" », avoue le gamin de Bagnols-sur-Cèze (Gard).

Finalement, c’est en Corse que l’international marocain entrevoit le bout du tunnel. Finis les petits boulots de mise en rayon dans un centre commercial, paysagiste ou encore vendeur de beignets en dehors du foot pour joindre les deux bouts.

Un gars prêt à donner sa chemise

Au Gazelec Ajaccio, l’entraîneur Thierry Laurey le prend sous son aile et lui fait confiance. « Thierry Laurey m’a fait beaucoup progresser et j’ai gardé les conseils de tous mes anciens entraîneurs comme Christophe Pélissier qui est maintenant à Amiens », confie Khalid Boutaïb. « C'est un gars prêt à donner sa chemise, disait il y a peu Thierry Laurey à L’Equipe. Il a une bonne maîtrise technique, se déplace bien et ne renonce jamais. Il a gardé sa mentalité d'amateur et c'est ce que j'aime chez lui. » « Il a un superbe état d'esprit, un gros volume de jeu. Il a les capacités pour évoluer en L1 », prétendait déjà Christophe Pélissier en 2014. Depuis, l'athlétique attaquant n’a cessé d'évoluer.

Les galères, c’est ce qui a visiblement forgé le caractère de Khalid Boutaïb et qui lui a paradoxalement donné cette joie de vivre. « Si je n’avais pas réussi, j’aurais certainement continué avec mes amis en CFA ou en National. Mon parcours peut donner de la force à certaines personnes qui se retrouvent dans la même situation que moi. Je le dis à chaque fois : "maintenant je savoure" », lâche-t-il simplement.

Sauf que la réussite a souvent un prix. « Le grand public ne voit que la face positive du football, lance Khalid Boutaïb. Ok, tu passes à la télévision, tu signes des autographes et en général tu gagnes bien ta vie. Mais il y a aussi la face cachée, celle des sacrifices. Je suis papa depuis deux mois et je n’ai pratiquement pas vu mon fils. Je ne veux pas me plaindre, ce n’est pas mon genre, mais j’ai beaucoup cravaché. »

Dans le groupe qui dispute la CAN 2017 au Gabon

Celui qui a eu 20/20 en mathématique au bac, la même note au BTS, et qui avoue se servir de sa matière favorite sur le terrain a aussi goûté à la joie d’intégrer la sélection nationale du Maroc. « Quand l’adjoint du Maroc (Patrice Beaumelle) est venu en Corse me superviser, j’étais surpris. Quand j’ai su que j’allais avoir ma première convocation, j’ai attendu d’avoir la lettre dans mes mains pour l’annoncer à la famille. C’était une émotion indescriptible ». Première sélection en 2016.

L’année suivante, il est dans le groupe qui dispute la CAN 2017 au Gabon. Il joue trois minutes. Pas de quoi lui saper le moral. « Il n‘y a pas d’état d’âme à avoir. Je ne pensais pas que cela m’arriverait un jour. Alors je ne vais pas commencer à râler ! C’était une expérience incroyable, dommage que l’on n’ait pas passé les quarts de finale », résume ce « mec simple » qui a donné à sa maman le maillot du Maroc dans les trois couleurs.

Aujourd’hui, Khalid Boutaïb a dans un coin de sa tête un nouveau rêve. Celui de jouer la Coupe du monde en Russie l’an prochain. Le Maroc doit gagner ses deux prochaines rencontres face au Gabon et à la Côte d’Ivoire. Ce serait une belle revanche, « un truc de dingue ».

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