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Jean Michaël Seri: «J’ai su être à la hauteur»

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Jean Michaël Seri. REUTERS/Eric Gaillard

Jean Michaël Seri a reçu le Prix Marc-Vivien Foé RFI/France 24. Le natif de Grand-Béréby a accordé à RFI un long entretien dans son centre d’entraînement de Nice, troisième du championnat de France, où il a vécu une saison formidable. L'Eléphant revient sur son parcours et sur le championnat de France qu’il a découvert en 2015/2016 sur la Côte d'Azur, en provenance du Portugal.


Nice, envoyé spécial

RFI : Qu’est-ce que cela fait de se voir élu meilleur joueur africain de la Ligue 1 par un jury de 66 journalistes ?

Jean Michaël Seri : C’est un honneur. Ça me donne de la confiance pour la suite de ma carrière. Après le retour de la CAN qui n’a pas été spécialement un bon souvenir pour moi, j’ai aimé la façon dont j’ai réagi. Je dirais que cet échec m'a boosté pour la suite de la saison. Ce n’est pas facile d’être nommé par autant de journalistes, et cela veut dire que beaucoup d’entre eux ont été satisfaits de ce que j’ai fait cette seconde année à Nice.

Et ce statut de joueur indispensable ?

Quand j’arrive quelque part, j’ai toujours à cœur d’être très utile à mon équipe. C’est un peu mon ADN. J’aime donner à ceux qui me font confiance et c’est ce qui m’est venu à l’idée tout de suite après ma signature. Si je suis devenu un joueur clé cette saison, c’est parce que j’avais envie de bien faire. On devient indispensable par ses performances, par le travail accompli chaque jour. C’est beaucoup de sacrifices, mais je suis récompensé !

Qu’est-ce qui vous a marqué le plus cette saison avec Nice ?

Je pense que c’est ma régularité. C’est compliqué de répéter chaque semaine les performances. J’ai su être à la hauteur la plupart du temps. Et c’est une grande satisfaction pour moi. Mes buts et mes passes décisives, c’est la preuve que je suis passé du statut de joueur moyen à bon joueur.

Vous avez connu Claude Puel et ensuite Lucien Favre comme entraîneurs ici à Nice. Qu’est-ce que chacun d’entre eux vous a apporté ?

Je crois que ce que m’ont apporté les deux entraîneurs est similaire. Avec Claude Puel l’an dernier, j’ai plus ou moins concrétisé le travail des années précédentes. Avec Lucien Favre, j’ai été dans la continuité. Je ne pense pas qu’il y ait eu pour moi de grands changements. Ce qui a changé cette saison, c’est que nous avons eu des joueurs d’expériences à nos côtés comme Dante, Younès Belhanda ou encore Mario Balotelli. Ça nous a donné de la solidité. Leur maturité a été un plus pour l’équipe. Elle était très jeune il y a un an. Même si elle était portée par Alassane Plea, Hatem Ben Arfa ou encore Valère Germain. En tout cas, on s’est tous attaché à jouer un football plaisant.

Claude Puel vous a qualifié de « spécialiste de la passe cachée ». C’est quoi au juste cette histoire de passe cachée ? C’est inné ?

Ah pas du tout ! C’est quelque chose que j’ai copié sur un joueur que j’apprécie particulièrement : Xavi. Je l’ai beaucoup observé avec le Barça. Ce sont des passes qui surprennent l’adversaire. C’est ce qui fait la différence face à l'adversaire auquel tu es confronté.

A la base, vous aviez un potentiel technique énorme. Le plus difficile a été le travail physique ou tactique ?

Le plus difficile, c’est toujours le travail physique ! Même si on est bon techniquement et tactiquement, on doit encaisser les efforts. On doit enchaîner les répliques défensives ou offensives. Et il faut être physiquement bien préparé pour ne pas se blesser et ne pas connaître des baisses de régime. Pour moi, c’est la base pour être un bon footballeur.

Jean Michaël Seri après un but face à Nancy, le 15 avril 2017. Yann COATSALIOU / AFP


Je sais que ce que vous aimez le mieux à Nice, c’est la philosophie de jeu. Vous pouvez développer ?

Oui, c’est un jeu basé sur la passe. Il faut partir de derrière, créer des décalages. Toute notre philosophie est basée sur le collectif. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’individualité. Notre force : c’est le groupe. Nous avons remporté des matches en nous appuyant fortement là-dessus. Nous avons fait une saison magnifique parce que collectivement nous avons tous eu cet état d’esprit.

Un petit mot sur les coups de pied arrêtés. C’est important dans votre palette de jeu ?

En plus de la confiance que j’ai, les coups de pied arrêtés me donnent une autre forme de sérénité. A chaque corner, je me dis qu’il faut que je mette le ballon sur la tête de mon coéquipier. Je dois faire une passe décisive à travers ce coup de pied arrêté. Ça me motive beaucoup.

Lors de la rencontre face au Paris Saint-Germain (36e journée), vous avez réalisé un vrai récital en reléguant Marco Verratti au second plan. C’est dans ce genre de moment que vous vous dites que vous avez changé de dimension ?

Non. Ce n’est pas du poste pour poste. Je ne suis pas du genre à dire que je suis meilleur qu’un autre. Mon objectif, c’est gagner quand je rencontre un top club et des tops joueurs. Avant le match contre Paris, je voulais sortir un grand match sans me poser de question.

Comment êtes-vous après une prestation moyenne ?

D’abord, c’est quelque chose que je sens. A chaud, c’est difficile d’analyser son match. Ce sont surtout ceux qui le regardent qui peuvent en parler en premier et qui peuvent parfois émettre des critiques. Alors j’écoute… Ensuite je me pose tranquillement à la maison et je regarde mon match. Et souvent, quand je pense avoir fait un match moyen, je regarde et je me dis : "Tu n’as pas été si mauvais que cela". Ensuite, je me remets dans le bain et j’essaye de corriger les erreurs. J’analyse ce que je dois faire à l’entraînement dans la semaine pour ne pas commettre les mêmes erreurs au match suivant. Au haut niveau, on ne peut pas se permettre de faire deux mauvaises prestations de suite. Dans un club exigeant, tu perds ta place. La concurrence doit te faire hausser ton niveau de jeu. C’est comme ça.

Parlez-nous de votre période portugaise...

Quand je suis arrivé au Portugal, j’avais à cœur de tout de suite bien faire. Je savais que Porto était un club révélateur qui mettait en avant les jeunes joueurs. Je n’ai pas joué en équipe première avec eux et je suis parti au Paços de Ferreira (où il a été élu meilleur joueur du club en 2014/2015, ndlr). Et à ce moment-là, je voulais prendre une revanche sur Porto et le foot en général. J’avais trouvé injuste de ne pas être considéré au niveau des joueurs sud-américains ou portugais qui étaient avec moi. J’aurais souhaité que l’on me donne ma chance à Porto. Ce n’est pas grave, j’ai pris sur moi, et à Paços de Ferreira j’ai démontré que j’avais des qualités. C’est ce qui m’a amené à Nice.

Vous le trouvez comment ce championnat de Ligue 1 si souvent raillé ?

J’ai fait partie de ceux qui disaient que c’était un championnat moyen. Aujourd’hui, je suis persuadé du contraire. Ceux qui le critiquaient il y a deux ans, viendraient à présent. La Ligue 1 a pris de l’ampleur et je reste persuadé que la prochaine saison sera encore plus alléchante et surprenante pour le public et les joueurs.

Et la Ligue des Champions ? C’est le Graal ?
(Nice jouera les barrages la saison prochaine)

Ben oui ! Quand tu joues au foot et que tu es un passionné, tu as des frissons à l’idée de participer à la Coupe d’Europe. C’est le plus haut niveau et tout le monde aspire à ça !

Jean Michaël Seri. Crédit Photo : OGC Nice Média

Quels sont vos rêves avec la Côte d’Ivoire ? Participer à une Coupe du Monde ? Gagner une CAN ?

Je veux gagner des trophées avec la Côte d’Ivoire. Nous avons des supporters qui n’attendent qu’une chose, c’est de vibrer ! Nous voulons faire quelque chose de grand avec cette nouvelle génération. Mais pour le moment, il va d’abord falloir se qualifier pour le Mondial 2018 et la CAN 2019. La première fois que je suis arrivé en sélection, je jouais en Côte d’Ivoire et j’étais impressionné par les grands frères. Aujourd’hui, je ne dirais pas que je veux faire mieux que Yaya Touré, ou Didier Drogba, mais j’ai plutôt à cœur de faire mon maximum.

Vous êtes le dernier joueur ivoirien désormais reconnu à avoir été formé à l’Asec Mimosas à Abidjan. Est-ce que vous diriez que ce club vous a structuré ?

Oui. Ça a été mon dernier club ivoirien qui m’a permis de faire un bond en avant. On était tout le temps derrière moi et on me disait de ne jamais rien lâcher. Tout le monde me disait que j’avais du potentiel et ils voulaient que je travaille encore plus. C’est grâce à eux que j’arrive aujourd’hui à faire une bonne saison.

Vous avez dit : "Il faut récidiver sur plusieurs saisons d'affilée". Cela veut dire quoi au juste ?

Cela veut dire qu’il faut avant tout continuer d’apprendre. Mais le plus important pour un joueur qui veut devenir très grand, c’est de récidiver sur plusieurs saisons. Un grand joueur, c’est celui qui répète les performances d’année en année. C’est celui qui fait encore mieux la saison d’après. C’est cela qui me tient le plus à cœur. C’est vers cela que je tends. Confirmer, c’est mon objectif jusqu’à la fin de ma carrière. Je veux continuer comme cela jusqu’au moment où je ne pourrais plus donner le maximum.

On dit que vous êtes quelqu’un de très humble. Vous pensez que pour avancer dans la vie il faut beaucoup d’humilité ?

Oui, c’est primordial. Il faut être simple dans ce que l’on fait. La simplicité n’est pas seulement dans le jeu, elle est aussi en dehors du terrain. Moi je crois que c’est la clef de la réussite.

Gamin, vous rêviez à ce parcours ?

J’avais envie de devenir un bon joueur, mais je ne savais pas si j’allais y arriver. Et c’est quand je suis arrivé en Europe que j’ai vraiment commencé à y croire.

Le portrait video de Jean Michaël seri

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